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Afrique et Occident : A chacun ses problèmes !

Les raisons qui poussent les occidentaux à migrer en Afrique sont nombreuses. Hormis la gestion remarquable du coronavirus, le continent africain, a de tout temps été une terre refuge. Image: Trinità sur Flickr

Les raisons qui poussent les occidentaux à migrer en Afrique sont nombreuses. Hormis la gestion remarquable du coronavirus, le continent africain, a de tout temps été une terre refuge. Image: Trinità sur Flickr

Par Amadou Ba. Telle Cassandre, Melinda Gates, épouse du bien nommé milliardaire, prédisait pour l’Afrique l’hécatombe, avec force détails dignes du plus imaginatif des scénaristes de films apocalyptiques. C’était au début de la pandémie de Covid-19 en Afrique. Dans le même temps, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), par la voix de son directeur général, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, se livrait à son tour à de sombres présages sur les ravages que causerait le covid-19 sur le continent. « Le meilleur conseil pour l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui », avertissait-il.

Plus récemment, c’est le secrétaire général de l’ONU, le Portugais Antonio Guterres, qui augurait des lendemains de famine, conséquences économiques de la crise sanitaire mondiale. Soit ! Mais pour l’heure, ces prévisions s’apparentent plus à des paroles de diseurs de bonne aventure qu’à des prévisions scientifiques. Leurs auteurs sont-ils animés d’une certaine Schadenfreude, terme allemand pour désigner la joie sadique que l’on éprouve face au malheur d’autrui ? On n’ose le croire.

Pour l’heure, l’Afrique fait montre d’une capacité de résilience à nulle autre pareille. Pas seulement face au Covid-19, mais cela depuis fort longtemps. La pandémie du coronavirus n’est que la dernière illustration en date. Comparé au reste du monde, le continent africain est globalement épargné par la maladie.

Equation à plusieurs inconnus, le coronavirus hante le sommeil du monde occidental. Pis, le nombre de cas ne cesse d’augmenter, prenant par surprise responsables gouvernementaux et spécialistes de la santé. Entre mesures impopulaires (confinement, couvre-feux, état d’urgence, etc.), cafouillages et restrictions à tout-va, la gestion par les pouvoirs publics occidentaux remettent en cause les fondements mêmes de la démocratie néolibérale.

Le coronavirus, en plus de constituer une grave crise sanitaire, a occasionné une crise économique. La récession s’accentue de jour en jour, en plus des suppressions d’emplois qui font s’envoler la courbe du chômage.

Si on y ajoute les contradictions et les querelles entre spécialistes de la santé d’une part, et hommes politiques d’autre part, la coupe semble bien pleine pour les populations plongées dans une grande incertitude, tant sanitaire qu’économique.

La gestion du coronavirus par les pouvoirs publics en Occident,  président Donald Trump n’agrée pas -et alors pas du tout, les opinions publiques dans les différents pays. Aux Etats-Unis, la maladie a été au cœur de la campagne pour la présidentielle du 3 novembre. Les pays européens ne feront pas exception. Déjà que Covid-19 s’est imposé comme un enjeu majeur des débats publics.

Dans la plupart de ces pays, les cas de contamination se multiplient. Les hôpitaux sont au bord de la rupture. S’exprimant sur RTL, le 26 octobre dernier, le président du conseil scientifique français, Jean-François Delfraissy, estimait que la situation sanitaire est « difficile, voire critique », appelant à durcir et étendre le couvre-feu face à une deuxième vague épidémique « brutale ». Une prévision sous forme de cri du cœur que partage le président français, Emmanuel Macron, qui vient de décréter un reconfinement dans tout l’Hexagone.

 

Peur-panique en Occident

On se souvient de la « guerre des masques  que se sont livrés des Etats occidentaux, au mois de mars et d’avril. Certains, comme les Etats ou la République tchèque n’avaient pas hésité à chaparder des cargaisons de masques chirurgicaux commandés par la France ou l’Italie.

Cette situation de peur-panique, qui s’est emparée du reste du monde, ferait-elle de l’Afrique une terre promise ? En tout cas, nombreux sont les retraités occidentaux, notamment français, qui ont choisi depuis longtemps le continent comme terre d’accueil. Avec 40 % du 1,15 million de retraités français qui résident à l’étranger, l’Afrique talonne désormais l’Europe (50 %), selon les chiffres 2017 de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV). (https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/02/10/ces-retraites-francais-qui-choisissent-l-afrique_5421616_3212.html).

Avec l’ampleur que prend le coronavirus dans les autres parties du monde, cette tendance pourrait davantage se confirmer, à moins que les mesures d’entrée sur le continent soient devenues drastiques, comme celles prises par le monde occidental à l’encontre des candidats africains à la migration.

Les raisons qui poussent les occidentaux à migrer en Afrique sont nombreuses. Hormis la gestion remarquable du coronavirus, le continent africain, a de tout temps été une terre refuge. Le soleil, la jeunesse de sa population, ses beaux sites touristiques, la chaleur de l’accueil font que l’Afrique regroupe tous les indicateurs d’une « terre promise ». Sans oublier un aspect important, surtout en ces temps de crise économique mondiale : le coût de la vie y est beaucoup moins cher qu’ailleurs.

Qui qu’on est et pour quelque forme de tourisme ou d’aventures, les étrangers occidentaux en Afrique, notamment du troisième âge, bénéficient d’une chaleureuse hospitalité tandis que leur pays d’origine les prédestine à l’hospice.

Le continent africain est d’ailleurs la première terre d’exil du troisième âge français hors d’Europe, avec une préférence pour les pays du Maghreb, le Sénégal et l’île Maurice.

Pour toutes les catégories d’âge, qui fuient la mélancolie et le temps de chien en Europe, le climat clément sous le ciel africain vous accueille à bras ouverts.

 

Le mal de l’Afrique : les élites politiques

Avec tous ces avantages concurrentiels, pourquoi l’Afrique tarde-t-elle à réellement décoller ? Refuserait-elle le développement, comme l’écrivait la Camerounaise Axelle Kabou ? Le plus grand mal du continent réside dans ses élites, notamment politiques. Les vagues incessantes de départs de migrants à bord de pirogues avec son lot de nombreux disparus en mer en sont une illustration parfaite.

Empêtrée dans la mal gouvernance, la corruption endémique, la confiscation du pouvoir -avec le serpent de mer du troisième mandat et la tentation de « la présidence à vie », etc., l’Afrique manquent de leaders qui vivent au rythme des aspirations économiques et démocratiques de leur peuple. « Je pense que l’un des problèmes politiques en Afrique, c’est que l’on écrit des textes sans y croire », a déclaré Laurent Gbagbo, l’ancien chef d’Etat ivoirien, dans un récent entretien avec TV5, faisant allusion à la candidature d’Alassane Ouattara.

La « françafrique », les accords secrets entre les Etats européens et leurs anciennes colonies produisent des conséquences néfastes pour les populations africaines. « Peut-être à cause de notre relation particulière avec la France ou bien à cause de la forme qu’a prise notre décolonisation et beaucoup de la faute des hommes politiques qui sont tous mi-Français, mi-Africains », a-t-il ajouté.

Toutefois, il ne s’agit pas de proclamer un leadership de mauvais aloi, qui frise le populisme et le nationalisme xénophobe et raciste à la Viktor Orbán ou un isolationnisme à la Donald Trump, avec son slogan d’extrême droite, « America First ».

Il s’agit au contraire pour le continent de régler d’abord ses contradictions internes : un continent composé à 65% de personnes âgées de moins de 24 ans, mais qui peine à leur assurer une vie descente ; un dividende démographique qui risque de se transformer en problème insoluble. Ensuite, aux élites d’opérer la rupture épistémologique qui permettrait à l’Afrique de ne plus être à la remorque des puissances occidentales, mais de pouvoir faire entendre sa voix dans le concert des nations. C’est à ce prix que le continent apparaîtra comme le nouvel eldorado, comme il a été le berceau de l’humanité.

 

Diplômé du CESTI- Centre d’études des sciences et techniques de l’information de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Amadou BA est un journaliste-chercheur et formateur sénégalais en Médias et communication. Avec une expérience professionnelle de plus d’une dizaine d’années dans la presse sénégalaise, il est passé par le magazine dakarois d’informations générales, Nouvel Horizon, Le Journal de l’économie sénégalaise (Lejecos.com), Ouest TV, entre autres médias..

Vous pouvez lire l’article en espagnol ici.

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